Anjouan: La manifestation des élèves

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Nous vous présentons ci-dessous un article paru dans le Journal Al-Watwan et qui parle de la situation dans l'île d'Anjouan .

Les affrontements entre les forces de l'ordre et les élèves, durant toute la journée du lundi 28 février, se sont soldés par un mort et trois blessés dont un grièvement. La victime un jeune homme de 24 ans, nommé Cuba, originaire de Mutsamudu, a été enterré ce lundi vers 20h 00. Pour sa part, Damir Mohamed Azihar, 14 ans, le bras cassé, est évacué dès le mardi 1 er mars vers Mayotte pour des soins beaucoup plus appropriés.

Le calme est rétabli dès lundi soir, mais le couvre-feu de 72 heures, (de 22 h à 06 h) instauré par le ministre de l'Intérieur reste en vigueur sur tout le territoire de l'île d'Anjouan.

Le gouvernement de l'île autonome de Ndzouani, réuni en conseil extraordinaire, le mardi 1 er mars, sous la présidence du colonel Mohamed Bacar, avait présenté ses condoléances à la famille et aux proches du regretté. Il a aussi recommandé l'ouverture d'une enquête pour déterminer les circonstances exactes de ces affrontements et du décès de ce jeune homme. En effet Mutsamudu et Mirontsy avaient connu durant toute la journée du lundi 28 février une très forte agitation : écoles, bureaux et magasins fermés, circulation routière arrêtée et affrontements entre jeunes manifestants qui lançaient des cailloux et des militaires qui ripostaient par des coups de feu. Tout a commencé par des élèves du collège de Hombo (Mutsamudu). Lundi matin 28 février, leurs professeurs qui depuis une semaine se présentaient dans l'établissement scolaire mais n'enseignaient pas, leur annoncèrent qu'ils vont assister à une Assemblée générale des enseignants au lycée de Mutsamudu, situé à quelques 600 m du collège. Après quelques conciliabules, les collégiens ont très vite, décidé de réagir. Il était 8h45mn. Ils sont descendus au lycée et ensemble avec leurs collègues lycéens, ils ont pris d'assaut les bâtiments administratifs et ont chassé des bureaux tous les fonctionnaires qui s'y trouvaient. C'est ainsi qu'ils ont « visité » le Trésor public, le Palais de justice et les ministères de la Fonction publique et des Transports. Le principal slogan : «  Nous voulons étudier ». A des fonctionnaires qui se faisaient peu compréhensifs, les manifestants répondaient : « pas d'études ! Alors pas de boulot ! » Comme le building était à cet instant fortement encadré par des gendarmes, les manifestants n'ont pas pu pénétrer dans les bureaux. C'est alors qu'ils ont commencé à dresser des barricades et à brûler des pneus tout au long de la route qui encercle la ville de Mutsamudu.

Aux cris « Nous voulons, nous aussi, étudier ! » les manifestants ont chassé des établissements scolaires les élèves des écoles privées de Mutsamudu. Rapidement, la contamination a gagné aussi la ville voisine de Mirontsy où la route fut barrée et les écoles fermées. La confrontation avec les gendarmes a commencé lorsque les hommes en treillis ont voulu enlever les barrages. Les jeunes manifestants leur lançaient des cailloux ou parfois remettaient carrément les pierres à leur place. Exaspérés, ils finirent par tirer en l'air pour disperser ces jeunes en colère. La hargne de ces jeunes était très grande. Aux dires de certains, c'était comme s'ils avaient envie de se défouler un peu. Un groupe de ces manifestants avait même voulu molester le ministre de l'Intérieur lorsque celui-ci était venu visiter les services de la mairie de Mutsamudu. Les trois ministres de l'Education, des Transports et de la Fonction publique immobilisés, pendant quelques instants, dans leur bureau respectif ont fini par regagner, par mesure de sécurité, la Compagnie de gendarmerie de Mutsamudu. C'était la garde rapprochée du président Mohamed Bacar qui était venue, vers 13h30, les rechercher pour les escorter jusqu'au palais présidentiel de Patsy où les attendait le président pour une réunion de crise avec d'autres membres du gouvernement. La réunion a duré presque toute l'après–midi. Les responsables politiques ont-ils été au courant de cette agitation qui allait perturber le calme quotidien de l'île ? Certains le pensaient ainsi car le président Mohamed Bacar s'était rendu, ce jour –là, à son bureau de Patsy de très bon matin. Des ministres ont également rejoint très tôt leur poste. « C'était une simple coïncidence » , nous dira un membre du gouvernement.

De l'avis de certains responsables politiques, les élèves qui avaient manifesté avec colère et brutalité ont été manipulés par des enseignants. Ces derniers rejettent cette accusation et expliquent ce mouvement violent par un sentiment de ras-le-bol. Pour d'autres enseignants, ce mouvement scolaire, aussi spontané soit-il, était venu perturber une importante Assemblée générale prévue au lycée de Mutsamudu ce lundi 28 février et qui devrait regrouper les enseignants des écoles primaires, des collèges et du lycée de Mutsamudu –Mirontsy et des délégués syndicaux venus des différentes régions. Puisque la circulation routière était perturbée certains délégués n'ont pas pu y assister. Lors de cette réunion à laquelle étaient venus participer les professeurs du collège de Hombo , les participants n'avaient pas eu le temps de remettre au propre leur déclaration finale quand les troubles ont commencé à l'extérieur. Néanmoins les enseignants s'étaient déjà convenus sur l'essentiel. Ainsi le lendemain, lorsque les maires de Mutsamudu et de Mirontsy avaient demandé à recevoir une délégation des enseignants de la commune, celle-ci remit à leur invité respectif une copie du procès-verbal de la réunion du 28 février. M. Aboubacar Said Ali de Mutsamudu et M. Houmadi Attoumane de Mironrsy ont accepté , chacun de son côté, de transmettre ce courrier aux différents destinataires. Ce procès-verbal constitue, de l'avis de M. Soulaïmana Combo, le secrétaire général du syndicat des professeurs, un préavis de grève. Ce préavis a été adopté à l'unanimité, ajouta-t-il, lors de l'assemblée générale du lundi.

Après avoir constaté lors de cette assemblée que le président de l'île autonome d'Anjouan avait annoncé , lors de son message à la nation du 23 février , le gel des salaires des mois d'octobre, novembre et décembre 2004 , les participants ont protesté contre tout gel de salaire et ont réclamé le paiement dans l'immédiat du salaire du mois d'octobre 2004. Car, expliquent-ils, une partie des agents de la Fonction publique a déjà touché le salaire de ce mois d'octobre. Les enseignants réclament aussi dans leur préavis de grève, le versement, à court terme, des salaires des mois de novembre et de décembre. Ils exigent aussi la signature d'un protocole d'accord pour le versement des 32 mois de salaires impayés, accumulés par les enseignants depuis la République Fédérale. Le syndicat a aussi souligné dans son préavis le dégel des avancements des salaires depuis 1999 et le paiement régulier des salaires à partir de cette année 2005 « conformément aux recommandations de la Banque Mondiale ».

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