Lettre à ma petite sœur

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Chère sœur, Bonjour !

Tu m'as demandé l'autre jour de te parler des événements qui ont le plus marqué l'année 2007 dans ta ville natale de Tsembéhou. J'accepte volontiers de le faire tout en sachant que la tâche n'est pas facile. Et c'est avec un petit pincement au cœur que j'ai ouvert mon bloc note pour ne pas dire mon journal et parcourir les différentes pages consacrées à ta Tsembéhou natale.

Comme tu le remarqueras toi-même l'année 2007 a été spéciale. Je dirai même très spéciale puisqu'elle a vu le retour des séparatistes sur la scène politique tsembéhouenne.

Mais avant de plonger mon regard sur le rétroviseur 2007, permets-moi de te parler brièvement d'un fait qui a bouleversé Tsembéhou ce mardi 1 er janvier 2008. Premier jour de l'An, jour chômé et payé, chacun essaie à sa manière de passer agréablement cette journée mémorable. Il faisait beau à Tsembéhou. Quelle fut la consternation quand vers 10h 35 mn du matin la nouvelle tomba ? Issoufi Abdallah n'est plus. Il nous a quittés brusquement et pour toujours. Mais pourquoi le Bon Dieu a choisi ce jour de nouvel An pour l'appeler auprès des siens ? C'est un mystère dont seul Allah connaît le secret.

Ce que je peux te dire c'est qu’Issouf était un homme bien, généreux, calme et charitable. Plusieurs centaines de personnes se sont déplacées pour lui rendre un dernier hommage. Ils sont venus de tous les coins de l'île. Car comme tu les sais, Issouf était aussi un médecin traditionnel qui avait acquis une grande renommée. Il a traité avec succès plusieurs personnes atteintes de paralysie et autres graves maladies à Tsembéhou et ailleurs. Associant efficacement médecine traditionnelle et médecine moderne, Issouf Abdallah obtenait des résultats miraculeux dans le traitement de certaines maladies. Son passage à l'école de Santé (Moroni) et son séjour à Tananarive (Madagascar) lui ont permis d'acquérir des connaissances de base. Grâce à une documentation personnelle, il s'est formé. Un autodidacte.

Je ne te parlerai pas de ses engagements politiques (militant de première heure du Front Démocratique), de sa vie associative (membre fondateur de Radio Télé Tumpa) ni de sa vie professionnelle (Secrétaire de Direction au collège de Tsembéhou). Je te dis seulement qu’Issouf n'avait pas que des amis. Un homme d'action de sa trempe, un homme de conviction, un démocrate peut, comme tu peux l'imaginer, avoir devant lui des adversaires parfois farouches. Mais c'est toujours avec son calme et sa sagesse légendaire qu'il les affrontait.

Cet homme, ce grand patriote nous a quittés en douceur ce 1 er janvier pour rejoindre ses aïeux, emportant avec lui ses secrets de la vie.

Enterré un de ses valeureux fils dans le cimetière de Mkiri Wa Hari au milieu des Mourides et autres Cheiks de la confrérie Chadhouili est une façon pour Tsembéhou de rendre un grand hommage à Issouf, de fermer la page de l'année 2007 et d'ouvrir une autre page, celle de l'année nouvelle. La compassion et la solidarité autour et envers la famille du regretté constituent des signaux forts d'un avenir plein d'espoir, d'amour et d'humanité.

L'année écoulée a été spéciale, je te l'avais dit. Des bouleversements se sont produits à Tsembéhou emportant dans ses méandres les espoirs nés des élections du président de l'Union des Comores. Tu savais que c'est en juin dernier que devaient se dérouler les élections des présidents de l'île. Tsembéhou s'était beaucoup donner dans cette campagne. La ville tout entière a voulu se venger de Mohamed Bacar. Et de quelle manière. Pour te donner une idée, je te propose un extrait d'un article paru dans le journal Kashkazi. Le reste tu peux le deviner. Les partisans de Bacar avaient eu chaud. Ils étaient dans une colère noire et je t'assure qu'aujourd'hui encore cette colère les habite. Les Tsembéhouens ont rendu à Mohamed Bacar la monnaie de sa pièce. Le 2 mars 2003 reste une blessure dans la mémoire collective des habitants de Tsembéhou. Pour plus d'informations sur cette date.

Ce qui s'est passé par la suite a été déterminant. M. Ali Nadjib, alors ministre dans le gouvernement de Bacar, va chercher à désigner des bouc émissaires. Il les trouvera dans les rangs de ses anciens alliés. Ceux-là mêmes grâce auxquels il a accédé à ce poste. Pour leur part, les séparatistes de Tsembéhou ont profité de cette faille et l'ont enfoncé. Ils lui ont attribué la responsabilité de cet échec.

Nadjib multipliera alors les maladresses et les déclarations farfelues. Il alla jusqu'à affecter le médecin-chef du Centre de Santé de la ville. Une mesure impopulaire prise à 72 heures du scrutin et qui lui a valu une manifestation de rue. Un millier d'enfants, de jeunes et de femmes ont manifesté à Tsembéhou et à Drindri pour dénoncer cette mesure arbitraire. L'autre bavure c'est d'avoir chercher à empêcher le meeting qu'a voulu organiser à Tsembéhou le candidat soutenu par la mouvance présidentielle de l'Union. Dans sa logique, ce sont les partisans du président Sambi qui ont saboté le meeting de Mohamed Bacar.

Le candidat Moussa Toiybou se rendait ce jour-là dans les autres localités de la Cuvette (Drindri et Chandra). Le staff de Tsembéhou sur conseil des notables a annulé le meeting de la Place de Pangahari. Cela n'a pas dissuadé Nadjib et son groupe d'aller brûler des pneus à l'entrée de Tsembéhou, tout près du pont Hassandzé perturbant pendant plusieurs minutes la circulation routière. Le candidat Moussa est arrivé à Drindri en empruntant une route secondaire. Cependant ces partisans, originaires de Drindri, ont du mal à avaler cet affront.

Ces élections ont été annulées par le président de l'Union qui a estimé que les conditions n'étaient pas réunies pour un scrutin libre, démocratique et transparent. Le reste, tu l'as peut-être lu quelque part. Sur ordre de Mohamed Bacar, Nadjib et ses nouveaux amis (les séparatistes) ont organisé une mascarade électorale. Les Tsembéhouens comme beaucoup d'Anjouanais ne se sont pas bousculés pour aller voter. Mohamed Bacar s'est autoproclamé président de l'île. Il est désavoué par l'Union des Comores et la communauté internationale. Entré en rébellion, Mohamed Bacar a du mal à digérer le camouflet de Tsembéhou. Cela ne l'a pas empêché de nommer Ali Ada Mchindra, un natif de Tsembéhou, dans son « gouvernement ». Dans ses calculs, cette nomination n'a d'autres buts que de pouvoir museler la ville qui lui est désormais hostile. Il a choisi un homme qui exécutera à la lettre ses volontés. Et la terreur qui règne actuellement dans la ville est savamment entretenue par le clan Ada. Les licenciements et les affectations arbitraires sont monnaie courante. Ils frappent surtout les Unionistes. Certains comme Simédou et Goda ont passé le réveillon à la belle étoile. Comme d'autres, ils sont entrés dans la clandestinité. Des licenciements et des affectations arbitraires sont le lot quotidien.

Parmi les premiers licenciements, figure celui de Mohamed Bacar, connu sous le nom de Baha LIDA (Photo) . Directeur commercial à la Société d'Electricité d'Anjouan (EDA), M. Bacar a été limogé par son « ministre » de l'Energie qui n'était autre que M. Ibrahim Halidi. C'était son premier arrêté de « ministre » de l'Energie. Inutile de te dire que cet acte avait beaucoup choqué le tout Tsembéhou. Depuis juin 2007, la première victime d’Ibrahim Halidi vaque à ses activités commerciales à Tsembéhou. Il vient de rentrer de la Mecque où il a fait le pèlerinage. D'autres jeunes qui étaient recrutés dans le service Phytosanitaire ont été renvoyés purement et simplement par M. Ibrahim Halidi et ils sont revenus jouer au Domino à Tsembéhou. Dans le domaine de l'Education, Ada n'était pas aller par quatre chemins.

Tu ne sais peut-être pas, mais lui, M. Ibrahim Halidi semble avoir perdu les pédales. On lui avait amputé l'Energie et il ne lui reste que l'Agriculture. Tu peux me dire la mission « d'un ministre » anjouanais des Cader et des Cefader ? Ce n'est pas pour rien si aujourd'hui il perd du poids tandis que son collègue de l'Education, M. Ali Ada, prend des kilos au fil des semaines.

Je sais que tu n'aimes pas la politique. Alors je ne vais pas m'attarder là-dessus. Je te dis seulement que les rangs des résistants s'organisent. Ils luttent contre la tyrannie. Ils militent pour une société libre et démocratique. Je ne t'informe rien si je te dis qu'ils sont actuellement pourchassés et c'est avec beaucoup de courage et d'habileté qu'ils échappent aux atrocités des rebelles.

Au seuil de ce nouvel An, prions ensemble pour que Dieu les protège et qu’Anjouan soit libérée de mains des affreux rebelles qui l'ont pris en otage.

Certes les six derniers mois de l'année ont été très durs pour Tsembéhou et pour Anjouan en général. Tant d'espoirs déçus. Beaucoup de menaces et de provocation. Des conditions de vie difficiles. L'hôpital était resté plusieurs mois sans médecin. Une partie de la ville a vécu plusieurs mois dans l'obscurité.

Mais, crois-moi, tout n'était pas noir. Les Tsembéhouens ont une capacité phénoménale de s'adapter aux situations les plus difficiles. Ils prennent les vicissitudes de la vie avec beaucoup de philosophie.

Les vacances 2007 ont été bien animées avec plus d'une dizaine de mariages célébrés avec faste et joie. L'orchestre phare de Tsembéhou, Wudjama Music, a égayé les Tsembéhouens d'Anjouan et ceux de Mayotte. Il s'était rendu dans cette île de Mayotte pour la troisième fois. Un exploit ! Notre équipe de football, Etoile Filante, après un début difficile se maintient quand même bien en division d'honneur. La place publique est cimentée et l'après-midi des dizaines de personnes se réunissent tout autour pour tuer le temps.

Je sais que tu m'attends à ce que je te parle de la mosquée. Comme toi beaucoup de Tsembéhouens sont très fiers de cette construction. C'est une très belle réalisation. Plus de deux cents millions de nos francs y sont dépensés et ce n'est pas encore terminé. Pour l'instant l'essentiel est fait : Poteaux, béton, claustras, courbes décoratives. Tout est bien apprécié par les passants et les fidèles. Pour certains c'est la réalisation du siècle. Une belle architecture qui ne laisse pas indifférents ceux qui la visitent pour la première fois. Son grand mérite, à mes yeux, c'est la rapidité avec laquelle ce travail a été réalisé. En moins d'un an. De quoi à faire rougir d'autres musulmans anjouanais qui ont commencé la construction de la mosquée de vendredi bien avant Tsembéhou.

Je peux te dire que l'apport de la diaspora a été catégorique. Surtout celle de Maoré. Mais celles de France et de Ngazidja n'ont pas manqué à leur devoir. Deux hommes ont marqué de leur empreinte la réalisation de ce monument. Il s'agit de Baha Bacar mieux connu sous le nom de Hadj Madi Assane (Photo). Il est le président de l'association Wuvoimoja Wa Tsembéhou. C'est une association qui rassemble la communauté tsembéhouenne résidant à Mayotte. Le second c'est Hadj Issoufi Boina. Pour ne pas faire des jaloux, je ne vais pas te citer d'autres hommes et femmes qui se sont donnés plus que les autres. Les Tsembéhouins se sont soulevés comme un seul homme et ont réalisé cette merveille.

Tu sais, Tsembéhou voit toujours les choses en grand. C'est vrai je n'exagère pas. Tu veux des exemples. La mosquée est grande avec des courbes de plusieurs centimètres d'épaisseur; un rez-de-chaussée et bientôt un deuxième étage. Tu te rappelles du Foyer des Jeunes, dont les travaux de construction ont débuté en juillet 1988, c'est le plus grand et le plus beau d'Anjouan. La mairie, tu en as déjà entendu parler. Sinon je suis certain que tu as lu quelques articles dans le site Internet www.tsembehouinfo.net . C'est la plus grande des mairies de l'île. Plus intéressant encore, les Tsembéhouens sont les seuls jusqu'alors à construire un bâtiment pour loger les services de la mairie. Je ne te parle pas des châteaux d'eau et du réseau de l'adduction d'eau de Hambaje. Tu connais déjà quelque chose. Tu sais aussi que le pont de Hassandzé est le plus grand du pays et que la rivière Tratringa qui passe à côté de la ville est la plus longue des Comores. Tu veux que je continue, alors sache que Tsembéhou se situe sur le pied du mont le plus élevé de l'île, le Ntringui ( 1595 m ) et le plus grand lac d'eau douce, le Dzialandzé sur le flanc du Ntringui (à 1000 m d'altitude). Tu vois que je n'exagère pas. La plus grande Cuvette du pays, c'est à Tsembéhou. D'ailleurs prends une carte de l'île et essaie de mesurer tu verras que Tsembéhou se trouve presque à égale distance entre les trois presqu'îles de Jimilimé, Sima et Nyumakélé. Si tu n'es pas convaincu rappelle-toi que dans la Cuvette il y a trois villages. Drindri Chandra et Tsembéhou. Ta ville natale se trouve au milieu et à égale distance entre les deux autres localités. Elle est au cœur de l'île.

Cette fois je vais exagérer un peu et te dire que dans ses records, Tsembéhou se présente comme l'une des communautés les plus dynamiques du pays. Les activités d'intérêts communautaires réalisés ces vingt dernières années sont là pour témoigner de ce dynamisme. Dans son livre de records Tsembéhou enregistre aussi l'une des premières radios libres du pays (radio Tumpa le 13 avril 1991), la première plus grande antenne parabolique de l'île ( 3,70 m ), {1993}, le premier site Internet consacré à l'actualité de la ville (le 3 mars 2004.)

Ta ville fait aussi partie des sept villes les plus peuplées du pays. Derrière Moroni, Mutsamudu, Domoni, Mamoudzou, Ouani, Fomboni.

Tsembéhou voit les choses en grand parce qu'elle n'est pas petite.

Parmi les événements qui auront marqué l'année 2007 il y a aussi l'accueil que les Tsembéhouens avaient réservé au président Sambi en janvier 2007 (photo). C'était spectaculaire. Ses compagnons et lui ont été très impressionnés. Il était venu poser la première pierre de la construction du Mihrab (la niche) de la grande mosquée.

Le lycée s'est agrandi de quatre salles de classe. Les radios Tonic FM et Tsembéhou FM ont tenu malgré les conditions de vie difficile. Tsembéhou TV et Radio Télé Tumpa ont continué à offrir à leurs téléspectateurs respectifs des programmes variés. Tu sais Tumpa vient de se payer le luxe le construire en un temps record un local à l'étage. Ils sont courageux, n'est-ce pas ?

Je ne peux pas me permettre de terminer cette lettre sans avoir une idée sur les grands hommes et femmes qui nous ont quittés en 2007. J'évoquerai en passant Hadj Baha Echat Dalla, Mwe Mzuri, Maha Soifia Maoudjoudi, Maha Houmadi Tadjiri, Mata, Abdallah M'Hadji (Baha Chamou Angloss), Anglais et bien d'autres. Que Dieu leur réserve une place dans son Paradis.

Prions ensemble pour que l'année 2008 soit pour Tsembéhou et pour les Comores une année de Paix, concorde et prospérité.

Ton grand frère

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